Hanoïenne en tenue de conductrice

Hanoï, Empire de la mobylette (1/2)

La première surprise que réserve Hanoï, capitale du Vietnam, concerne le mode de transport. Ici la mobylette est partout, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle règne en maîtresse incontestée et tyrannique ! Les tenants et aboutissants de ce choix de mode de transport sont nombreux et souvent inattendus. Quoiqu’il en soit, ils témoignent d’une capacité d’adaptation forte dans un environnement contraint.

A Hanoï, la mobylette est partout !
A Hanoï, la mobylette est partout !

Une population de centaures

La ruelle est très étroite, un mètre tout au plus. Le terme de tunnel serait d’ailleurs plus approprié, la hauteur du plafond dépassant à peine les 2 mètres. Une lumière arrive, bruit de moteur, Vinh, un jeune hanoïen, sort sa mobylette de chez lui. Il habite une maison en arrière-cour et range le véhicule dans le salon familial la nuit.

Comme la majorité des Hanoïens, Vinh se déplace en mobylette, ou plutôt vit en mobylette. Les urbanistes évoquent même une « population de centaures » pour parler des habitants de la capitale ! Ici, mis à part les vendeurs ambulants, rares sont ceux qui font plus de quelques mètres à pied. Dans certains marchés, on fait ses courses en scooter, parfois on fait la sieste allongé entre le guidon et le siège – preuve d’un sens de l’équilibre très abouti. Sur le bord du Lac de l’Ouest, très prisé des jeunes couples, on s’installe sur la selle pour conter fleurette, faute de bancs publics en nombre suffisant. Certains même y font leur séance d’abdominaux.

Ce choix de véhicule affecte le mode vestimentaire des hanoïens. Les hanoïennes conductrices en particulier sont très équipées sur leur moto:

A Hanoï, il n’est pas rare de trouver des amis en train de discuter directement sur leur scooter
A Hanoï, il n’est pas rare de trouver des amis en train de discuter directement sur leurs scooters
  • un casque la plupart du temps…ce qui n’est pas une évidence en Asie du Sud-Est ;
  • une veste intégrale (couvre-mains, capuche) dans un matériau similaire à celui d’une couverture de survie pour ne pas avoir chaud et, surtout, ne pas bronzer ;
  • un masque pour se protéger de la pollution directement émise par les pots d’échappement qui les entourent dans la circulation.

Régulièrement assortis, ces accessoires témoignent d’une coquetterie scrupuleuse. En pa

ssagères, elles s’assoient souvent en amazone avec un équilibre déconcertant malgré les zigzags de la mobylette.

 

Une circulation fluide, en banc de poissons

Vinh s’engouffre dans le flux de circulation de l’avenue Lê Duan. La circulation est stupéfiante, comparable à un banc de poissons où chacun évolue avec fluidité, évite un autre chauffeur, alors que les distances entre deux véhicules sont souvent minimes. Les klaxons sont incessants mais jamais agressifs, ils permettent d’annoncer sa présence. En effet, le code tacite semble être que chacun est responsable de ce qu’il a dans son champ visuel et, dans une certaine mesure, de ce qui se trouve dans son champ auditif. Pour la plupart des voitures – malheureusement pas toutes – le klaxon est bridé et rappelle davantage un bruitage de clown qu’une sirène de paquebot.

Vu le nombre de véhicules, la fluidité du trafic durant la majeure partie de la journée tient du miracle. L’interdiction des camions au sein de l’aire urbaine d’Hanoï entre 9 et 21h facilite cela.

Un autre élément très clair participe de ce phénomène, très peu de conducteurs se laissent aller à de fortes accélérations ou à des freinages brutaux. La vitesse reste assez limitée et ce quelque soit l’heure, même quand les rues sont désertes au milieu de la nuit. La moyenne se situe aux alentours de 35 km. Difficile d’être plus précis puisque la majeure partie des compteurs de vitesse gardent désespérément l’aiguille alignée sur le zéro.

Des règles souples et un mot d’ordre : l’adaptation

Les règles de circulation sont plutôt souples, donnant le sentiment d’un chaos organisé. Les feux, équipés d’un minuteur, sont plus indicatifs qu’autre chose. L’attention et la capacité d’adaptation que cela demande à chaque motard sont dès lors plus importante qu’en France. Personne n’a tort, personne n’a raison, et quand on voit sur le côté de la route un scooter remonter sur plusieurs mètres l’axe à contre-sens, on l’évite simplement, en ponctuant d’un léger coup de klaxon sans agressivité pour lui signaler notre présence. Il semblerait que de manière plutôt saine les hanoïens ne mettent pas de fierté particulière dans le fait de conduire. Ici, on ne critique jamais la conduite d’un autre motard, on s’adapte en souplesse. Le sentiment de toute-puissance qu’offre la voiture n’existe pas sur une mobylette.

De même, le nombre de passagers peut souvent être rocambolesque comparé aux standards occidentaux. Il n’est pas rare que la mobylette transporte toute la famille : le père conduit, avec un enfant devant lui, debout ou assis sur une chaise adaptée, la mère est assise derrière avec le petit dernier dans les bras.

Ainsi, le choix du deux-roues comme véhicule de mobilité individuelle présente un impact positif fort sur la circulation, surtout quand on le compare à une solution « tout voiture » comme elle existe en Europe ou aux Etats-Unis. Cependant, les conséquences de ce choix ne se limitent pas à la chaussée mais se révèlent dans l’ensemble de la gestion de l’espace dans la ville. C’est ce que nous verrons dans notre prochain article.

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