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Les KTTs : une appropriation originale de logements collectifs

 

Une conception rigoureuse et militairedsc01111

De grandes boites de métal colorées accrochées aux façades, des restes d’enduit jaune encore perceptibles, des petits commerces partout en pied d’immeuble et une vie de quartier manifestement animée. Ce n’est pas la description que l’on s’attend à lire au sujet d’un quartier de logements collectifs construits sur le même modèle que des casernes militaires. Et pourtant, les KTT hanoiens sont un cas original d’appropriation très abouti d’immeubles collectifs par leurs habitants.

Les Ku Tap Té (signifiant « unités d’habitations collectives » en Vietnamien) ont été construits dans la deuxième partie du XXe siècle. Aujourd’hui la grande majorité de ces immeubles sont reconnaissables au boites de métal qui sont venues s’accrocher sur les façades, leur conférant une allure particulièrement surprenante. Leur évolution singulière leur donne une apparence radicalement différente de celle d’origine et participe à l’identité architecturale de la capitale presque autant que les fameuses maisons-tubes. Cet amusement architectural n’est qu’un symptôme d’un phénomène plus large d’appropriation du quartier par ses habitants depuis une trentaine d’années.

A l’origine construit pour répondre à la forte demande de logements, le KTT est un outil d’application de la théorie collectiviste communiste. Souvent construit à proximité d’une usine d’Etat ou d’un minis
tère, il rassemble l’ensemble des employés de celui-ci, quelque soit le grade ou le niveau de qualification. Inspiré des casernes militaires (Fabrication de la ville d’Hanoi, entre planifications et pratiques

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Le plan d’un quartier de KTTs


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, Emmanuel Cerise), le quartier est donc constitué de plusieurs barres parallèles de quatre étages chacune. Chaque bâtiment est identifié par une lettre et un chiffre. Un plan est présent aux entrées du quartier nouvellement formé pour permettre de s’y repérer. Il est souvent encore visible aujourd’hui.

 

Une métamorphose du bâti…

L’apparence du quartier est conservée jusqu’à la fin des années 1980 quand le virage politique amène à rétablir la propriété privée et l’entreprise d’initiative privée. Dès lors, les habitants à qui l’on a rétrocédé la propriété des appartements développe des extensions en métal permettant d’offrir une surface supplémentaire à des appartements souvent exigus.

La cage de métal également surnommée « tiger cage » joue des rôles variés allant de cuisine à potager en passant par étendoir à linge. En fait, la tiger cage joue le même rôle que la cour dans la maison de village vietnamien (Entretien avec Emmanuel Cerise, Directeur de l’Institut des Métiers de la Ville à Hanoï, sept 2014).  A ce titre, elle a aussi une fonction d’espace tampon avec l’extérieur où l’on retrouve des plantes (la plupart du temps aromatiques) et souvent un oiseau en cage.

…et de la rue…

Bien que dotée dès l’origine d’équipements telles que cantines, écoles, la vie du quartier n’est au début pas particulièrement forte. Elle connait une véritable métamorphose quand le retour de la propriété privée et l’autorisation d’entreprises privées permet un essor de petits commerces. Ceux-ci se développent à la place ou en prolongement des appartements situés en rez-de-chaussée. Les extensions sauvages se multiplient et s’alignent progressivement les unes sur les autres.

Sans s’en rendre compte, les habitants changent la morphologie de la rue. En rétrécissant la voirie, ils ont créé les conditions d’un quartier piéton ou la circulation automobile est absente car trop compliquée. Seules les mobylettes y sont tolérées. La rue devient moins large, et plus animée grâce aux nombreux commerces ; la barre moins visible : le sentiment d’urbanité à petite échelle émerge.

…dans une joyeuse anarchie

Il est clair que le souci principal de ces métamorphoses tient à l’absence d’encadrement de ces initiatives. Les tiger cage s’accumulent et posent des soucis de structure et de sécurité puisqu’elles sont réalisées de manière toujours très artisanale. Par ailleurs, le commerce de bas d’immeubles empiète sur l’espace public ce qui pose des problèmes juridiques évidents. Tout cela est possible par la faiblesse de l’encadrement durant les dernières décennies par les autorités hanoiennes sur le sujet.

Aussi, il ne faut pas oublier que la réussite relative de ce quartier tient au gabarit d’origine des bâtiments qui n’étaient pas trop imposants, chaque immeuble faisant en général 4 ou 5 étages seulement.

Néanmoins, cet exemple illustre le fait que, davantage encadrée, l’initiative habitante pourrait offrir une alternative originale à la destruction de barres. La mutation d’un quartier de logements en barres avec la contribution forte de ses habitants d’origine pour en faire un quartier avec une identité propre pourrait pousser les aménageurs à opter pour des solutions plus personnalisées et inclusives.

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